La F1 des skates électriques

septembre 29, 2020 / Par nicolas

Quelque part dans un entrepôt du Mile-End, à Montréal, une petite équipe est en train de révolutionner le monde du skateboard électrique. La Formule 1 du skate est conçue ici, dans l’anonymat presque complet.

Sur le bout de son siège, café du Frank & Oak à la main, Alexandre Archambault parle de son projet avec l’excitation d’un gamin à Noël. Quand il nous raconte son histoire, il le fait avec une passion contagieuse dans la voix. Pourtant, il y a deux ans, l’avocat de formation était misérable, de son propre aveu. Son gros salaire et ses avantages sociaux lui faisaient l’effet de boulets.

« Douze ans à mourir devant mon ordi, parce que je savais que je ne voulais pas faire ça, raconte Alexandre. Mais vous savez comment ça se passe… ils (les patrons) commencent à payer plus, puis t’as des enfants, les années passent, puis t’es pogné là. Mais j’ai été smart dans mes affaires, j’ai pas fait de grosses dépenses, parce que je savais que je voulais pas faire ça. » 

 

Photo : Jérémie Perreault

Pendant des années, alors qu’il portait veston et cravate, Alexandre rêvait de liberté. Cet éternel adolescent n’était clairement pas à sa place dans un cabinet d’avocats.

« Mon quotidien était parfois dreadfull. Quand je lisais un contrat, je capotais. Je me disais : « comment je vais faire ça de ma vie?! ». J’ai toujours été le mouton noir. Je faisais mes affaires, je ramenais du cash à la firme, puis ils me laissaient tranquille. »

À quelques reprises, il a donc tenté la route de l’entrepreneuriat, d’abord en créant une application postale, puis en lançant une startup en collaboration avec des cardiologues. Des échecs qui ne sont aujourd’hui que de lointains souvenirs… ou des leçons utiles.

« J’ai appris plein d’affaires, mais j’étais pas réellement passionné par tout ça… je voulais juste me sortir de la firme.»

À défaut de s’en sortir, Alexandre décide, en 2017, qu’il veut faire la route entre sa demeure du Plateau Mont-Royal et son cabinet en skateboard électrique.

En commençant à magasiner les skateboards électriques en vente libre, les problèmes techniques rencontrés par les clients le refroidissent.

« À ce moment-là, il y avait des problèmes. Les roues étaient dégueulasses et il y avait des problèmes de connection entre la manette et le board. »

 

Athlète : Cody Matechuk
Photo : Jérémie Perreault

Il décide donc de construire son propre skateboard électrique avec lequel il pourra aller plus vite, plus longtemps.

« Donc je commence à checker sur internet et je tombe sur une communauté de DIY. Des ingénieurs à travers le monde qui se donnent des trucs pour bâtir des skates électriques avec des pièces existantes. »

Sur ce forum, il rencontre un ingénieur de Montréal qui a envie de lui donner un coup de main. Alexandre commence donc à lui rendre visite régulièrement dans son appartement du quartier Hochelaga-Maisonneuve. Cet ingénieur, Charles, est en quelque sorte devenu le Steve Wozniak d’Alexandre. Ensemble, ils ont construit une première version en 2017.

« Je le payais en bières, raconte Alexandre en riant. Chaque fois, j’arrivais chez lui avec un pack de 12, puis on faisait ça le soir, le weekend. Pendant deux mois. »

Rapidement, Alex attire l’attention. L’avocat se rend au bureau avec ce qu’il appelle affectueusement la version «Frankenstein» de son skate, fait à partir d’une planche de landkite.

« J’ai toujours été l’avocat bizarre, mais là c’était juste comme si j’avais amené ça une coche au-dessus. J’avais un chargeur à ma job, je faisais des gros détours car je voulais profiter de mona board. Ça me prenait 45 minutes pour faire du Plateau au Vieux-Port alors qu’en ligne droite ça prend 4 minutes. C’était juste trop le fun. »

« En allant au cabinet avec le premier board monté, les gens m’arrêtaient pour me demander où j’avais acheté ça. Il y a des gens qui me disaient je te l’achète live, je te donne 3000$ !»

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« On pouvait monter des côtes à Westmount, c’était vraiment le fun, raconte Alex, les yeux ronds comme des billes. Ton cerveau, il capote quand tu montes une côte au début parce que tu es habitué à descendre… mais là, carver en montant une côte c’est quelque chose que ton cerveau prend du temps à comprendre. T’as des goosebumps, tu capotes! »

C’est dans les rues tranquilles des banlieues montréalaises, souvent en pleine nuit, qu’Alex et son frère Patrick ont testé leurs limites dans les dernières années. Mais avant de construire (et vendre) leur board de rêve, ils ont testé plusieurs prototypes. L’un des points qu’ils désiraient améliorer avant d’être réellement satisfaits était la planche.

Éventuellement, ils sont allés voir la compagnie Zenit longboard pour faire faire la planche parfaite qui allait se retrouver sur le reste de la machine. Alex s’est mis à vendre son modèle sur le forum DIY pour que les autres férus puissent y ajouter leur propre moteur, roues, trucks et autres pièces. Ils en ont prévendu 25 en un temps record en mars 2018.

Puis la demande s’est accentuée et Alex a commencé à vendre un board complet. Puis un deuxième… puis en juillet, il quittait sa firme d’avocats pour se concentrer à 100% sur son projet. Deux ans plus tard, Alex, Charles et quelques autres passionnés travaillent dans un local du quartier Mile-End où ils repoussent les limites de leur propre imaginaire.

« Il y a 2 ans, je rêvais de faire un board rapide, explique Alex. J’ai construit le board de mes rêves ! Mais il y a 2 ans, je ne rêvais même pas à ça. Ça n’a pas de bon sens ce board-là. »

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Quiconque ose monter sur un skateboard Lacroix aujourd’hui comprend immédiatement qu’il ou elle se retrouve sur une machine d’une puissance surprenante. Manette à la main, le mode de fonctionnement est similaire à celui d’une voiture téléguidée. Sauf que la voiture téléguidée qui pourrait transporter un corps humain de 200 livres à 70 km/h en montant le Mont-Royal n’existe pas encore. Le skate LaCroix, lui, existe.

« C’est le rider la limite, affirme Alex Archambault. Si tu veux, tu peux aller très vite mais il faut que tu connaisses tes propres limites. Moi, je dois m’assurer de la sécurité. Le risque de blessure doit être au plus bas possible. »

Aujourd’hui, Lacroix Boards révolutionne le monde des skateboards électriques. Puisque la compétition est quasi-inexistante, Alex et son équipe ne peuvent pas se fier sur les autres pour améliorer leur produit. Mais visiblement, la satisfaction de la clientèle est au rendez-vous, puisque Lacroix reçoit des tonnes de demandes et n’a pas encore fait de publicité.

Alexandre Archambault rêve un jour de créer un circuit de courses haute-vitesse de skateboards électriques. On ne vous cache pas que ce type de projets fait également saliver toute l’équipe de JACKALOPE. Qui sait… peut-être un jour.